Le GSM menace la fertilité

Le GSM menace la fertilité

Le docteur Romain Imbert (Chirec) tire la sonnette d’alarme sur les dangers potentiels du portable. L’utilisation intensive des smartphones présente des risques qu’il faut étudier.

Gynécologue et chef du service de procréation médicalement assistée (PMA) au Chirec à Bruxelles, le docteur Imbert est bien placé pour évaluer les risques des femmes enceintes face aux ondes électromagnétiques, comprenez en langage courant le GSM. Sans du tout vouloir céder à la panique, il s’inquiète néanmoins de ce tout ce qui pèse sur la santé de ses patientes. Hygiène de vie et environnement entrent bien sûr en ligne de compte. Les perturbateurs endocriniens, les pesticides, le tabac, l’obésité jouent un rôle négatif. Mais l’usage du GSM intervient aussi. Cet outil moderne est accusé de longue date d’effets qui restent encore à établir scientifiquement à grande échelle. Romain Imbert ne le conteste pas. Mais au sein de Groupement des gynécologues et obstétriciens de langue française de Belgique (GGOLFB), il échange beaucoup sur la question. Il écoute aussi ce qu’on lui rapporte en consultation. Il relève certaines tendances dont une – la diminution de la qualité et de la quantité des spermatozoïdes – concerne les hommes. De là à clouer le GSM au pilori, il y a un pas que ce médecin refuse de franchir. Et qui d’ailleurs pourrait aujourd’hui se passer d’un portable ? Mais la question, « hypercomplexe » selon ses propres mots, se pose. Il s’agit de l’aborder avec prudence mais aussi sans œillères face aux énormes enjeux… financiers du marché du GSM.

Le lien de nocivité est-il clairement établi entre les ondes GSM omniprésentes et une baisse potentielle de la fertilité ?

Il existe peu d’études sur cette question précise. Elles portent plus sur la fertilité en général. Les études se penchent plus sur l’homme, sur l’impact des ondes du téléphone sur la spermatogénèse (la production des spermatozoïdes, ndlr). Ce sont des petites études de faible portée, avec un faible échantillon et c’est difficile de conclure de façon ferme. Il faut isoler l’action des ondes électromagnétiques pour savoir. Mais il y aurait des effets au niveau de la mobilité et de la concentration des spermatozoïdes. C’est elle la plus contestée avec la morphologie, elle aussi atteinte. Il faut aussi considérer la durée d’exposition des ondes avec un dosimètre.

En pratique, quelle serait la «dose» acceptable d’utilisation de son GSM sur une journée ?

Sur une journée, les études reprennent une durée totale de 30 minutes par jour, avec des communications qui ne dépasseraient pas 10 minutes. Ceux qui se servent de leur GSM de façon nettement plus importante pourraient être donc impactés au niveau de leur fertilité ! Ce qui est démontré, c’est que cette catégorie d’usagers est aussi touchée par des tumeurs cérébrales, les gliomes. On conseille de mettre le téléphone en poche et de brancher un fil avec des écouteurs pour éviter ce risque. Il faut l’éloigner. Mais en poche, pour la fertilité, ce n’est pas bon non plus. Car l’homme a des organes sexuels extérieurs. Mieux vaut le placer sur la table ou le garder en main. Le centre international de la recherche de l’OMS a tout de même placé les ondes électromagnétiques dans le groupe 2, des agents probablement cancérigènes. Un lourd soupçon pèse donc sur le GSM. Ce pourrait être un des facteurs responsables de la baisse de la qualité du sperme. Les ondes wifi seraient, elles, moins fortes que les ondes GSM en termes d’absorption. Mais soyons clairs : nous sommes environnés d’ondes avec le portable, l’ordinateur branché sur le wifi, le bâtiment… On aboutit à ce qu’on désigne comme un «électro smog», un nuage d’ondes sans pouvoir précisément cerner son influence sur l’être humain.

Les femmes sont tout aussi concernées : qu’avez-vous observé et que leur conseillez-vous ?

On a mené des tests chez l’animal, chez une rate enceinte, exposée ou pas. À l’arrivée, les petits ratons issus de ces portées différentes ne sont pas égaux. La littérature scientifique ne sort pas encore d’études sur les femmes mais on peut estimer qu’elles sont exposées à une série de polluants environnementaux, le tabagisme passif, les fruits bourrés de pesticides, et les ondes GSM. Je me montre surtout très prudent pour les femmes enceintes qui devraient réduire l’usage de leur GSM. Il en va de l’avenir, pour elles comme pour leurs partenaires. On a enregistré depuis 50 ans une chute délirante de la qualité du sperme. Si on prolongeait cette courbe pour les 50 prochaines années, on pourrait se demander à quel stade on en sera. Devra-t-on un jour pousser les garçons à faire congeler leurs spermatozoïdes pour anticiper une diminution de la fertilité, comme on le fait aujourd’hui avec les femmes et leurs ovules ?

«Il faut protéger les groupes sensibles : enfants, ados et femmes enceintes»

Le GSM a plus de 25 ans et aucune étude internationale ne clôt définitivement ce débat, dans un sens ou l’autre. Pourquoi ce silence ?

Il existe depuis 25 ans mais les jeunes n’y sont pas exposés de façon démentielle depuis autant de temps. J’observe seulement que certains pays retirent le wifi de l’école primaire ou du collège. Car les enfants sont en train de se développer, avec des cellules en croissance. Ce pourrait être plus grave que pour un adulte. On est encore loin du compte en fait : il n’y a pas d’études sur les SMS ou les tablettes. Mais un seul constat s’impose : il faut protéger les groupes sensibles. Cet impact sera transgénérationnel. On mesurera quelques facteurs sur une génération mais ce ne sera pas suffisant pour tirer des conclusions formelles.

Êtes-vous fort inquiet ?

Raisonnablement, oui ! On pourrait même un jour arriver à se demander si les ondes GSM ne sont pas le tabac du XXIe siècle ! L’expression est frappante ; c’est un avis personnel. Au congrès annuel de l’ESHRE (European Society of Human Reproduction and Embryoloy), on n’en parle pas pour l’instant. Mais cela va sans doute venir. Il est temps pour nous d’avoir une démarche plus proactive sur cette question. Une étude de grande ampleur devrait être lancée mais elle nécessite des moyens énormes. Il faudra du temps. Il faut y réfléchir et se montrer vigilant. Et à tout le moins alerter les gens.

Pratiquement, que doit-on préconiser ? Des avertissements, des enquêtes, des interdictions cadrées ?

Les dernières recommandations d’utilisation des GSM datent un peu. Et puis, aujourd’hui, on a des smartphones avec des pouvoirs ionisants supérieurs, des basses fréquences. Cette nouvelle génération appelle d’autres mesures. La technologie évolue fortement en puissance puisqu’on exige d’elle de plus en plus de prouesses. Je vois en tout cas que les patients me questionnent régulièrement. Les hommes notamment, qui ne confondent plus fertilité et virilité, et qui acceptent les spermogrammes. Dans 35 % des cas de fécondation in vitro (FIV), ce sont des indications masculines, donc «à cause» de lui. De là à pouvoir établir avec certitude l’origine…

Que dire aux parents pour les inciter à protéger leurs enfants ?

D’éviter le GSM jusqu’après la puberté, mais est-ce encore possible ? N’oublions pas non plus que le corps est tout le temps en développement ! Pour les spermatozoïdes, on s’interroge aussi sur la fragmentation de l’ADN, à savoir toutes les petites mutations qui peuvent survenir. Avec des conséquences possibles. On sait que plus l’homme va procréer tardivement, plus il aura été exposé à des produits toxiques tout au long de sa vie, et que les enfants nés d’un couple avec un père plus âgé présentent plus de cas de schizophrénie, de cancers et d’autisme. Le problème avec les ondes GSM, c’est qu’on est dans le rétrospectif ; on devrait s’interroger sur l’impact futur. Les pouvoirs publics s’en préoccupent, notamment pour les antennes relais qui, si j’ai bien compris, devraient être plus nombreuses mais moins puissantes.

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